Les Soucoupes Violentes nous livrent la recette de leurs 16 potions d’amour

Autour d’une tarte aux fraises (excellente !!! En passant…), échanges simples et décomplexés avec Stéphane Guichard, chanteur/fondateur, et Elsa Sadet, claviériste, des Soucoupes Violentes pour faire le point sur leur actualité et évoquer la sortie de leur compilation de reprises “16 potions d’amour” cet automne. A déguster sans modération !


Quel est votre état d’esprit dans cette période de pandémie covidienne ?

Stéphane : Moi je l’ai eu, Elsa l’a eu. Voilà. Sinon on s’est marié, on en a profité pour faire des choses qu’on n’avait pas le temps de faire… On a écrit aussi des nouveaux morceaux. On était un peu en autarcie, à s’occuper de nous et de notre famille. Notamment on a pu faire cette compilation de reprises partie d’une idée de playlist de covers et d’une idée originale de visuel par un pote. Puis Eric du label (NDLR Eric Sourice du label Nineteen Something, ancien chanteur-guitariste des Thugs et actuel chanteur-guitariste de LANE), nous a dit « go » pour le sortir cette année.

On a fait aussi 2/3 live à la maison avec peu de moyen. La veille du premier confinement, nous avions fait un showcase chez Gibert Joseph pour la sortie de notre dernier album. On avait les boules que toutes les dates sautaient à ce moment-là, surtout que l’album commençait à avoir un bon retour du public. Frustration. Mais on était loin d’être seul dans ce cas, donc on ne s’est pas arrêté là et on a rebondi en sortant la compilation.

J’empile tout le temps des idées de morceaux et je remplis des carnets de notes, ça c’est ma technique. Et puis un moment faut que ça sorte et c’est souvent Elsa qui me pousse d’une certaine manière à y aller. C’est vrai que depuis le dernier album “In & Août”, les parties de claviers qu’elle amène me font rebondir sur autre chose… Comme si je n’étais plus tout seul à jouer contre un mur, et les morceaux avancent d’une manière différente. Il y a une complémentarité. Pour le prochain album, il y a 4 ou 6 morceaux qui sont quand même en bon chemin, et il va falloir continuer à creuser…

Quelles sont vos influences ?

Stéphane : Mon frère, de 10 ans mon aîné, et qui était vraiment un guitariste exceptionnel, m’a appris à jouer.  Et j’ai baigné à la maison au son de Ray Charles, des Platters, d’Elvis Presley avec ma mère qui était anglaise, je le répète tout le temps, et avait fait le conservatoire de piano. Mon père lui aimait Jacques Brel, Georges Brassens et Charles Aznavour. J’ai toujours été dans la musique, c’est une nourriture. 

Mes influences basiques ça a été, dans les 60’s, j’étais tout môme mais grâce à mon frère qui achetait les 45trs dès qu’il avait trois ronds, les Stones, les Beatles, Aretha Franklin… Puis il y a eu le punk, avec les Pistols, Damned, Clash… J’ai adoré le punk new-yorkais, Television, Richard Hell and the Voidoids, les Ramones, Talking Heads des débuts, que j’ai vu sur scène avec Marie et les Garçons en 1ère partie… Au départ, les personnes avec qui j’ai monté le groupe à 15-16 ans, on écoutait beaucoup de ce que l’on appelle le « pré » punk : Velvet Underground, New York Dolls, évidemment les Stooges beaucoup, Modern Lovers… Puis après le premier guitariste, Coggio, m’a fait découvrir à 17 ans tout le rock français que je ne connaissais pas : Bijou, Asphalt Jungle, Guilty Razors, Gasoline… J’ai vu aussi Téléphone complètement par hasard, de ma part je veux dire, en première partie de Televison à l’Olympia, à l’époque… Et franchement sur scène, ils dégageaient vraiment, une grosse énergie, très convaincants. Mais il y avait un côté rock lycéen que je ne me parlais pas. J’aimais leurs tubes néanmoins. Et la première fois qui m’a fait vraiment dire que je pouvais faire quelque chose, me coller dans les traces de quelqu’un, ici, en France, c’était le 45 trs des Dogs « Charlie Was a Good Boy » (NDLR 1978), vraiment une révélation, un choc… Ils étaient au niveau de tous les trucs anglais et ricains que j’écoutais.

A tes débuts, tu as apporté quelque chose de différent du point de vue musical sur la scène alternative rock française (Wampas, Washington Dead Cats, LSD) et vous aviez déjà un public spécifique ?

Stéphane : Moi je traînais avec des mecs plus vieux que moi et qui étaient dans la mouvance punk 76-77, qui allaient à l’Open Market et qui avaient vu sur scène Asphalt Jungle et Stinky Toys et tous ces groupes de la première vague punk… Eric Coggio et Eric Boissel, respectivement guitatriste et bassiste des Soucoupes originelles ont tous les deux 5 ans de plus que moi… Alors que Les Wampas était plus punk années 80. 

En France, c’était difficile au début des années 80, il n’y avait rien. Je me rappelle de notre premier concert à la MJC Taverny en 1981, j’avais 19 ans, et c’est des loulous, qui viennent aux concerts. Pas obligatoirement des mélomanes… Tu vois ce que je veux dire ? On a joué à la fac de Saint-Denis avec les Lucrate Milk, un concert mémorable avec Helno (NDLR Négresses vertes et Bérus) qui gueulaient toute les 30 secondes « I love you, fuck off ! ». Et aussi : « Moi je ne bois pas de la bière, je ne bois pas de vin, je bois du pipiiiii !!! ». Toute cette raya, on ne connaissait pas, dans notre banlieue parisienne. Et on rencontre Rascal dans un local de répète à Argenteuil (95) avec les Daltons et on se retrouve chez Jimi dans un bar du 20e avec un public de gens ouverts sur d’autres trucs et, plus important, avec des familles différentes : psyché, mods, skin, punk. Et donc tu n’es plus dans le trip collectionneurs de disque, où le look est là par hasard. Sans caricaturer mais le rock n’est pas du tout installé, il est soit parisien, soit il est inexistant. Je me rappelle que LSD quand ils vont jouer en banlieue, ils mettent le dawa et les mecs des MJC, super frileux, ne veulent plus entendre parler de rock… En France, comme l’a fait remarquer Eudeline, en 77, 78 les punks de Paris s’ils jouent en province, ce sont des martiens. C’est vrai. Et ce n’est pas rien pour faire tomber des concerts. 

Mais avant les Soucoupes j’ai déjà une petite histoire avec un 45trs sorti en 79, j’ai 17 ans, sur Dorian, le label qui a signé Jacno, et où on est un peu considéré, soit dit en passant, comme les bas du front de service par les autres groupes parce qu’on vient de banlieue… C’était vraiment un bout d’essai cela dit ce 45 trs. Ronan, lui, l’alter ego de Rascal dans PariBarRock, nous considérait comme des professionnels.  On arrive en Paris en 1984, et on fait notre premier 45T. Dont je suis ultra fier. Le groupe prend une nouvelle tournure au départ d’Eric Coggio, en 1985. Un an de black out pour avaler la pilule. Mais après, on attaque vraiment une autre période, avec « Dans ta bouche ». Le groupe a évolué assez vite après, au contact notamment des autres groupes, Daltons, Wampas, et tous les autres dont les Hot Pants, Cherokees, etc. Je suis un peu long dans les réponses ? (rires)

Elsa, de ton côté, quel a été ton parcours et tes influences ? Et comment as-tu Intégré le groupe ?

Elsa : J’avais une formation de musique classique et j’ai commencé par apprendre le répertoire des Soucoupes déjà existant. Au début c’était très timide. Et puis j’ai pris mes marques. Pour certaines compositions, il y a des morceaux déjà aboutis sur lesquels je vais mettre du temps pour accoucher de ma partie. En studio, ça peux être assez efficace, et en une seule prise on y est. Et puis d’autres fois où je vais tâtonner pour trouver un gimmick. Je suis plus à l’aise sur scène…

Stephane : Alors si je peux permettre, et ça, ça fait partie du personnage, de son humilité, mais Elsa avant de jouer dans les Soucoupes jouait avec My Jazzy Child, un des groupes de Damien Mingus signé sur le label Clapping Music, un groupe super, très intéressant. Et elle jouait aussi avec Ici Paris avant les Soucoupes. Ce n’est donc pas le premier groupe de rock avec lequel elle joue!

Avec qui auriez-vous aimé jouer ou partager la scène ou vous faire produire? 

Stéphane : Peut-être avec Jim Diamond, un Américain qui vit dans le Sud maintenant, et qui a masterisé notre dernier album, qui a fait notamment le son sur le dernier WAMPAS (NDLR Sauvre le Monde) produit par les Liminanas. Il a fait un super boulot sur “In and Août”.

Après je reste curieux et ouvert. Il faut que j’écoute mieux Rover par exemple… Johnny Mafia, vu sur scène, et ils sont exceptionnels. Et tiens, du domaine du rêve total, des Américains, Low, un duo qui a fait un album que j’adore « The Great Destroyer » c’est pour moi un des trucs qui m’a le plus marqué ces 15 dernières années. Il y a de l’orgue, des influences velvetiennes, des chansons incroyables, avec une ambiance terrible… Il y a tout ce que j’aime et c’est totalement moderne. J’adorerais être produit par eux. Sinon il y a plein d’autres gens, comme les Godfathers tiens par exemple, qui tournent encore, avec qui j’aimerais bien jouer. 

Quels sont vos meilleur et plus mauvais souvenirs ?

Stéphane : Mon pire souvenir, c’est quand je suis monté sur scène avec une énorme gueule de bois, entre autres, après plusieurs jours de concerts lors d’une tournée en province… Et comme c’est l’époque où j’abusais beaucoup, au bout de 3 morceaux, je n’ai plus aucune énergie, je suis sec, séché. Et je suis obligé de quitter la scène. Et ça, ça m’a laissé un goût très amer d’avoir laissé le public comme ça. Là je me suis rendu compte qu’à un moment il faudrait choisir…

Mon meilleur souvenir, je dirais comme ça, au Chinois à Montreuil, après Sugar and Tiger. On s’est retrouvé à la même affiche avec Didier et ça m’a fait super plaisir.  Pendant le concert, on a senti un truc assez rare qui se passait : le public était totalement connecté avec nous. Il y avait Martin Stone à la guitare à cette époque, et sa femme Lynn, qui vient de Los Angeles, nous fait quand on sort de scène : « Whaou quel concert ! ». Et même Didier nous a dit un truc du genre. En fait, je n’ai pas l’impression d’avoir fait quelque chose de réellement extraordinaire, j’ai juste senti que les gens prenaient tout. C’était super puissant.

Quel projet pour 2022 ?

Stéphane : On aimerait bien reprendre la scène, après cette période compliquée pour tous. Et donc aussi refaire un nouvel album même si on continuera à faire tourner le dernier album qui a été coupé dans son élan. C’est toujours ça avec les Soucoupes, un éternel recommencement. On n’a pas le temps de se faire chier (rires).

Retrouvez « 16 potions d’amour » dans les bacs et en écoute sur Bandcamp ici.
Et on vous donne rendez-vous au showcase acoustique le dimanche 7 novembre à partir de 14H au Walrus (Paris 10e).

Retour en images sur leur concert privé chez Francis le dimanche 24 octobre à Crimée (Paris 19e)

Interview et photos réalisées par Chris et Lofanax

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